Digital Camera World a résumé la situation en une phrase en juillet dernier : si vous êtes sérieux sur la photo argentique mais limité côté budget, le F100 est ce qui se rapproche le plus d’un F6, sans le prix qui va avec. Sur le marché de l’occasion actuel, ça se traduit par 300 dollars contre plus de 1 000. Reste à savoir ce que cet écart achète vraiment.

Deux fiches techniques, un écart qui se resserre

Le F6 est sorti en 2004 comme dernier reflex argentique professionnel de Nikon, et il l’est resté jusqu’à son arrêt de production en octobre 2020, seize ans plus tard. Sur le papier, il écrase le F100 : autofocus Multi-CAM2000 sur 11 zones contre 5, viseur couvrant 100% du cadre contre 96%, cadence de 5,5 images par seconde contre 4,5, et 41 réglages personnalisés contre une poignée sur le F100, selon la fiche technique publiée par Nikon USA. Le boîtier intègre aussi un enregistrement complet des données EXIF sur carte CF, une fonction absente du F100.

Sur le terrain, cet écart se resserre plus vite qu’on l’imagine. Les deux boîtiers partagent le même obturateur mécanique à défilement vertical, capable de monter à 1/8000 seconde. Chris Niccolls, dans son test longue durée du F100 publié sur Fstoppers, décrit l’appareil comme le deuxième meilleur boîtier film jamais produit par Nikon, juste derrière le F6, et recommande de l’acheter sans hésiter autour de 200 à 250 dollars. C’est un jugement qui vient de quelqu’un qui a réellement tourné plusieurs dizaines de rouleaux avec les deux boîtiers, pas d’une lecture de fiche technique.

nikon f100 vs f6

Le prix ne suit pas la technique, il suit la rareté

L’explication de l’écart de prix ne tient pas à un fossé de performance, elle tient à la production. Nik Stanbridge rappelait sur 35mmc, au moment de l’arrêt du F6 fin 2020, qu’on pouvait encore l’acheter neuf à 2 500 dollars juste avant sa disparition, et que le marché gris tournait déjà autour de 1 000 à 1 500 dollars. Cinq ans plus tard, en octobre 2025, Digital Camera World constatait qu’un F6 en bon état dépassait toujours les 1 000 dollars sur le marché de l’occasion, un prix resté remarquablement stable malgré l’âge du boîtier.

Le F100, produit de 1999 à 2006 en quantités bien plus importantes, n’a jamais bénéficié de ce statut de dernier-de-la-lignée. Le site spécialisé Nikonians le classe d’ailleurs, avec le N80, parmi les boîtiers film abordables recommandés pour qui débute en noir et blanc. Cette différence de statut se lit directement dans les prix : autour de 150 à 300 dollars pour le F100 selon l’état, contre plus de 1 000 pour le F6.

Cette logique de rareté plutôt que de performance explique aussi pourquoi un projet de réparation communautaire dédié au F100 a autant résonné cet été. Un Show HN publié sur Hacker News, consacré aux notes de réparation d’un F100 par un contributeur sous le pseudonyme enthdegree, a rassemblé 30 points et 96 commentaires. Les échanges évoquent même des écrans de visée à split image, vendus sur AliExpress, compatibles avec ce boîtier précis. Ce genre d’écosystème de pièces non officielles ne se développe pas autour d’un appareil anecdotique : il se développe autour d’un boîtier que suffisamment de gens possèdent encore et veulent continuer à faire tourner.

Le marché argentique ne suit plus la même courbe qu’avant

Ce duel de prix s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon les données compilées par Pellica, le marché mondial de la pellicule photographique est estimé à 613 millions de dollars en 2026, porté par une hausse de 127% des commandes en gros depuis 2020. Plus de 25% des acheteurs de boîtiers film ont aujourd’hui moins de 35 ans, une génération qui n’a jamais connu l’argentique comme norme et qui le choisit comme geste délibéré plutôt que par nostalgie.

Ce contexte change la lecture du duel F100/F6. Sur un marché de niche stagnant, un boîtier rare comme le F6 aurait vu son prix stagner aussi. Sur un marché en expansion, la rareté devient un multiplicateur : plus il y a de nouveaux acheteurs, plus les boîtiers en quantité limitée voient leur cote grimper, tandis que les modèles produits en masse comme le F100 restent stables. C’est exactement ce que montrent les relevés de CollectiBlend sur le F6 : le prix d’un boîtier en très bon état oscille autour de 1 200 à 1 300 dollars depuis plusieurs années, sans le fléchissement qu’on observe sur des boîtiers plus courants.

Un choix qui dépend de l’usage, pas du prestige

Le F100 reste un boîtier semi-professionnel construit pour encaisser un usage intensif, avec un châssis en alliage et une compatibilité totale avec les objectifs AF Nikon actuels. Pour un photographe de mariage ou de rue qui veut la fiabilité de l’autofocus sans sacrifier son budget, il couvre l’essentiel des situations sans compromis dramatique. Le F6 reste justifié pour qui veut le meilleur système autofocus et de mesure jamais monté sur un reflex argentique Nikon, et qui accepte de payer cette dernière marche technique au prix fort.

La vraie question n’est plus de savoir lequel des deux est meilleur sur le papier. C’est de savoir si l’écart de prix correspond à un usage réel ou à l’attrait d’un boîtier qui ne se fabrique plus. Le marché de l’occasion, lui, a déjà répondu : le F100 se vend toujours, et le F6 aussi, mais pas pour les mêmes raisons.

Vous shootez avec lequel des deux, et qu’est-ce qui a fait basculer votre choix ?

À propos de l’auteur

Thierry Girard est un passionné de photographie argentique, attaché à la lenteur du regard, à la matière de l’image et à la précision du tirage. Son approche privilégie l’observation, la lumière naturelle et la rencontre avec les lieux comme avec les personnes. À travers ses photographies, il cherche à transmettre une émotion simple et sincère, fidèle à l’esprit artisanal de l’argentique. Son travail s’inscrit dans une pratique patiente et sensible, où chaque image naît d’un temps d’attention accordé au réel.

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